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NIETZSCHE La critique du nihilisme

Publié par Abdel and Co

CHEZ NIETZSCHE, LE MOT «NIHILISME» DÉSIGNE LE FAIT D’ADHÉRER À DES IDÉAUX OU DE CROIRE EN DES VALEURS TRANSCENDANTES. IL S’ENTEND DONC À L’INVERSE DE L’ACCEPTION COURANTE.

Déboulonner des « idoles », ou «Philosophie au marteau» comme il aime désigner son travail de critique des valeurs et des idéaux traditionnel de la morale, de la métaphysique classique et de la religion.

Le nihilisme, chez Nietzsche, est souvent placer au cœur de sa pensée, mais il faut d’abord définir ce que Nietzsche qui est à l’inverse de ce que nous désignons, dans la langue courant. D’ordinaire quand on qualifie quelqu’un de « nihiliste », on veut dire par là qu’il ne croit en rien, qu’il est cynique qu’il n’a ni valeurs ni idéaux supérieurs. Le nihilisme (du latin nihil, « rien »), chez Nietzsche renvoi à tous les idéaux quels qu’ils soient, métaphysique, religieux ou politique. Dieu, le progrès, la démocratie, la révolution, le socialisme, les droits de l’homme, la science, la nation, la République, etc. : tous ces idéaux de la morale et de la politique, Nietzsche les désigne sous le nom d’idoles. En ce sens, le paradis des croyants au même titre que le communisme de Marx sont des idoles, des idéaux supérieurs emportant des convictions fortes, susceptibles de donner le sentiment qu’il y a des « causes » à défendre, des sacrifices à faire, de l’idéel au-dessus du réel. Le nihilisme selon lui est le fait de croire en des valeurs supérieures, en des idéaux élevés, placés au-dessus du réel, dans un ciel des idées et des valeurs.

Le nihilisme de Nietzsche, C’est l’attitude qui consiste à opposer toujours l’idéal au réel, le ciel à la terre, l’au-delà à ici-bas, le droit naturel (qui serait un droit idéal) au droit positif (qui est le droit réel), le paradis à venir à la réalité actuel. Le premier modèle du nihilisme, c’est le dualisme platonicien qui oppose le monde intelligible (le monde des idées) au monde sensible (le monde de la caverne, censé être illusoire et trompeur). Le christianisme – ce « platonisme pour le peuple », selon une célèbre formule de Nietzsche – il constitue à cet égard la figure populaire la plus achevée du platonisme.

Pourquoi employer ce terme pour désigner toutes les pensées de l’idéal opposé au réel, toutes les religions et presque toutes les philosophies (Spinoza est l’exception) depuis que le monde est monde ? pourquoi désigne-t-il sous le nom « nihilisme » toutes les figures du dualisme où l’idéal s’oppose terme à terme du réel, le faite de croire en des valeurs supérieures, d’adhérer à des idéaux transcendants, comme le font les platoniciens ou chrétiens, mais tout aussi bien les progressistes et les scientistes de tous ordres, les nationalistes, les patriotes, les républicains, les socialistes, les communistes ou les anarchistes, tous les « croyants », laïcs ou non, tous ceux qui ont foi en une cause au sens le plus large du terme ?

UN ATHÉE C’EST UN MEC QUI PASSE BEAUCOUP DE TEMPS À PARLER D’UN MACHIN QUI N’EXISTE PAS !

Des « idéaux » inventés pour dévaloriser le réel.
L’idée qui commande chez lui toutes les autres, ce qu’Henri Bergson appelle l’« intuition fondamentale» d’un philosophe, les humains n’ont inventé les idéaux, de quelque nature qu’ils soient ce qu’il appelle les « idoles » que pour mieux nier et dévaloriser le réel, que pour mieux affirmer qu’il ne vaut rien = nihil. Si on invente des idéaux, c’est, selon Nietzsche, pour pouvoir enfin décréter tranquillement que « la réalité ne vaut rien » : on invente le paradis pour affirmer que la vie sur terre est négligeable, on invente le socialisme pour dénigrer le capitalisme, la démocratie pour discréditer l’Ancien Régime, l’anarchisme pour disqualifier l’Etat, etc. Chaque fois, on invente un idéal afin de donner un sens à notre action, à nos vies. « Pour agir, écrit Nietzsche, il faut que les yeux se voilent d’un bandeau d’illusion» : tel est l’enjeu majeur de l’invention de ces boursouflures métaphysiques, morales, religieuses ou politiques qu’on appelle les « valeurs », les idéaux de toute nature.

Casser les idoles au marteau
Son souci, est de revaloriser une certaine conception de l’ « idéal » grec. Sauf que l’idéal grec, justement, du moins au sens ou Nietzsche l’entend, est bien particulier : ce n’est pas un idéal comme les autres, un idéal qui ferait signe vers une transcendance à venir, un monde meilleur qu’il faudrait mériter ou se battre, militer : non c’est un idéal de réconciliation avec ce qui est, « amor fati » d’amour du destin, de ce qui est là, de la réalité telle qu’elle va, ici et maintenant.
Ce qu’il déteste dans tous dans ce qu’il nomme nihilisme (valeur supérieures, idoles, idéaux…) qui fondent tous les militantismes destines à faire vivre en nous une illusion. Le problème est considérable pour Nietzsche et c’est la peut-être l’aspect le plus radicale : les valeurs supérieures nous empêchent toujours de nous réconcilier avec le réel, d’habiter le présent, comme le voulaient les sagesses grecques.
AMOR FATI : savoir habiter le présent, ne pas vivre dans la nostalgie d’un passé perdu ni dans l’espérance d’un avenir meilleur.

Je n’érige pas de nouvelles idoles, moi ; quant aux anciennes, qu’elles apprennent ce que c’est que les pieds d’argile. Renverser les idoles (c’est le mot que j’emploie pour les « idéaux ») – voilà bien plutôt mon métier. On a fait perdre sa valeur, son sens et sa véracité à la réalité dans la mesure où l’on a inventé le mensonge d’un monde idéal… le mensonge de l’idéal a été jusqu’à présent la malédiction pesant sur la réalité, l’humanité même en est devenue meneuse et fausse jusqu’au plus profond de ses instincts – jusqu’à adorer l’inverse des valeurs qui lui auraient garanti au premier chef la belle croissance, l’avenir, le droit éminent à l’avenir. ²

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Source et pour aller plus loin cliquez ici : Nietzsche, La Naissance De Dieu de Luc Ferry ¹Ecce Homo de Nietzsche 

 

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