Communication Politique

le discours est un tyran très puissant…

Publié par Abdel and Co

DÉNOTER / CONNOTER

Platon soutenait très finement que l’émerveillement est une passion proprement philosophique. Que comprendre en cela? Sans doute que la capacité de s’émerveiller est un point de départ privilégie de la pensée en générale et de la philosophie en particulier. En effet, elle suppose que l’on se débarrasse des idées toutes faites et de préjugés, que l’on s’arrache à l’immense force d’inertie de l’opinion jusqu’à être profondément étonné par ce qui semblait jusque-là anodin et sans grand intérêt. L’émerveillement naît alors, qui ouvre la voie à la réflexion.

Ne dites pas « TRAVAILLEUR » ça désigne quelqu’un qui fournit un effort…

Dites plutôt « SALARIE » ça désigne quelqu’un qui touche un salaire…

Un premier outil à maîtriser pour assurer son autodéfense intellectuelle, ce sont les mots.

Savoir comment et pourquoi ils sont choisis avec tant de soin pourra vous éviter de vous faire avoir. Voici à ce propos quelques stratégies de propagande éprouvées et fort utilisées et reposantes sur l’attention portée au choix des mots.

Il est crucial de le savoir. On peut ainsi glorifier ou dénigrer ce dont on parle par le seul choix des mots. En fait, il arrive que ce qu’un mot connote soit dans une substantielle mesure sinon le contraire du moins bien autre chose que ce qu’il évoque à première vue; ce mot a d’ailleurs pu être soigneusement choisi pour cela. Prenez par exemple l’expression : “pertes collatérales” : avouez que ça a tout de même une autre gueule qu’assassinat de civils ! Prenez encore ce libre-échange qu’on nous vante partout : il se trouve que dans une mesure non négligeable les transactions économiques, dans notre monde, ne sont pas des échanges (ce sont des transferts intrafirmes) et ne sont pas libres — ils sont au contraire très fortement encadrés.

Voilà ce qu’on appelle des euphémismes, qui sont justement des mots qui servent à masquer ou du moins minorer (on pourrait le voir dans l’autre sens, majorer) une idée désagréable en y référant par un mot aux connotations moins négatives. La guerre, on le devine sans peine, est un domaine particulièrement propice à l’utilisation d’euphémismes, mais aussi en politique intérieure, entreprise …etc.

Dans une société comme la nôtre, ce n’est donc qu’à nos risques et périls qu’on ignorera cette distinction entre dénoter et connoter et toute personne qui désire assurer son autodéfense intellectuelle sera donc très attentive aux mots qu’on utilise pour lui décrire le monde. Voici un exemple rapporté et étudié par Sheldon Rampton et John Stauber (dans : Trust us, we’re experts, Penguin, 2001, chapitre 3) et qui montre comment les institutions dominantes peuvent utiliser cette propriété du langage. En 1992, l’International Food Information Council (IFIC), puissant lobby américain, s’inquiète de la perception du public des biotechnologies alimentaires. Un vaste programme de recherche est donc mis en place pour déterminer comment parler au public de ces technologies. Au total, des mots seront retenus pour leur charge positive et il sera recommandé de s’en tenir à eux : beauté, abondance, enfants, choix, diversité, terre, organique, héritage, métisser, fermier, fleurs, fruits, générations futures, travailler fort, amélioré, pureté, sol, tradition, entier. D’autres sont à proscrire absolument : biotechnologie, ADN, économique, expérimentation, industrie, laboratoire, machines, manipuler, argent, pesticides, profit, radiation, sécurité, chercheur.

Pensez  à partager

Pour aller plus loin, je vous conseille ce livre qui est aussi la source :

Petite philosophie de nos erreurs quotidiennes de Luc de Brabandere , Anne Mikolajczak 

A propos de l'auteur

Abdel and Co

Laisser un commentaire