Philosophie Religion

Des « idéaux » inventés pour dévaloriser le réel.

Publié par Abdel and Co

“La vérité est plus éloignée de nous que la fiction.” De Mark Twain

L’idée qui commande chez lui toutes les autres, ce qu’Henri Bergson appelle l’« intuition fondamentale» d’un philosophe, les humains n’ont inventé les idéaux, de quelque nature qu’ils soient ce qu’il appelle les « idoles » que pour mieux nier et dévaloriser le réel, que pour mieux affirmer qu’il ne vaut rien = nihil. Si on invente des idéaux, c’est, selon Nietzsche, pour pouvoir enfin décréter tranquillement que « la réalité ne vaut rien » : on invente le paradis pour affirmer que la vie sur terre est négligeable, on invente le socialisme pour dénigrer le capitalisme, la démocratie pour discréditer l’Ancien Régime, l’anarchisme pour disqualifier l’Etat, etc. Chaque fois, on invente un idéal afin de donner un sens à notre action, à nos vies. « Pour agir, écrit Nietzsche, il faut que les yeux se voilent d’un bandeau d’illusion» : tel est l’enjeu majeur de l’invention de ces boursouflures métaphysiques, morales, religieuses ou politiques qu’on appelle les « valeurs », les idéaux de toute nature.

Casser les idoles au marteau

Son souci, est de revaloriser une certaine conception de l’ « idéal » grec. Sauf que l’idéal grec, justement, du moins au sens ou Nietzsche l’entend, est bien particulier : ce n’est pas un idéal comme les autres, un idéal qui ferait signe vers une transcendance à venir, un monde meilleur qu’il faudrait mériter ou se battre, militer : non c’est un idéal de réconciliation avec ce qui est, « amor fati » d’amour du destin, de ce qui est là, de la réalité telle qu’elle va, ici et maintenant.
Ce qu’il déteste dans tous dans ce qu’il nomme nihilisme (valeur supérieures, idoles, idéaux…) qui fondent tous les militantismes destines à faire vivre en nous une illusion. Le problème est considérable pour Nietzsche et c’est la peut-être l’aspect le plus radicale : les valeurs supérieures nous empêchent toujours de nous réconcilier avec le réel, d’habiter le présent, comme le voulaient les sagesses grecques.

AMOR FATI : savoir habiter le présent, ne pas vivre dans la nostalgie d’un passé perdu ni dans l’espérance d’un avenir meilleur.

Je n’érige pas de nouvelles idoles, moi ; quant aux anciennes, qu’elles apprennent ce que c’est que les pieds d’argile. Renverser les idoles (c’est le mot que j’emploie pour les « idéaux ») – voilà bien plutôt mon métier. On a fait perdre sa valeur, son sens et sa véracité à la réalité dans la mesure où l’on a inventé le mensonge d’un monde idéal… le mensonge de l’idéal a été jusqu’à présent la malédiction pesant sur la réalité, l’humanité même en est devenue meneuse et fausse jusqu’au plus profond de ses instincts – jusqu’à adorer l’inverse des valeurs qui lui auraient garanti au premier chef la belle croissance, l’avenir, le droit éminent à l’avenir.

A propos de l'auteur

Abdel and Co

Laisser un commentaire