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Et si l’argent poussait dans les arbres ?

Publié par Abdel and Co

Dans l’Angleterre médiévale, le roi payait ses factures avec des bâtons en bois de noisetier. On faisait des entailles d’un côté pour indiquer le montant dû, puis on les fendait en deux de manière à ce qu’une moitié puisse être authentifiée grâce à l’autre moitié. Ces « bâtons de comptage » n’étaient en réalité qu’une promesse du roi, une reconnaissance de dette. Les gens les acceptaient de plein gré, car ils savaient qu’ils pouvaient s’en servir pour payer les impôts. Ces bâtons furent en usage dans de nombreux pays jusqu’au XIXe siècle (700 ans, la durée d’utilisation des bâtons de comptage au R.-U.). Bien d’autres objets ont pu servir de monnaie, y compris des rochers, sur l’île micronésienne de Yap. La monnaie de papier a vu le jour en chine au VIIe siècle. Certaines monnaies, telle la pièce d’or, ont une valeur matérielle, mais les bâtons et les billets sont des exemples de monnaies fiduciaires. Si elles ne poussent pas dans les arbres ou dans le sol, alors d’où viennent-elles? De nos jours, presque tout l’argent n’existe que sur support numérique dans nos comptes en banque. Mais l’argent déposé n’est pas à nous. Tout comme les bâtons du roi, il s’agit d’une promesse de paiement, qui émane cette fois des banques. Quand le système bancaire autorise plus de prêts, il crée d’autres promesses de paiement et augmente donc la qualité d’argent. Si l’on crée trop d’argent par rapport au volume des échanges et des investissements qui ont cours dans l’économie, l’argent perd de sa valeur. Mais si l’on crée trop peu, les investissements diminuent et le chômage augmente. Ainsi, la forme que prend l’argent est sans importance. Ce qui compte, c’est la qualité d’argent en circulation et de niveau de confiance en sa valeur. Ce qui pousse dans les arbres n’inspirerait pas beaucoup confiance. Comme l’historien Niall Ferguson l’a si bien dit :

« La monnaie n’est pas du métal. C’est la confiance gravée. »

Et si l’argent poussait vraiment dans les arbres, il n’y aurait aucune limite à la quantité d’argent en circulation. Il perdrait rapidement sa valeur par hyperinflation. Les gens, n’ayant plus confiance en sa valeur, ne l’accepteraient plus comme mode de paiement. C’est ce qui s’est produit en Allemagne dans les années 1920, et la confiance n’a pu être rétablie qu’en introduisant une nouvelle monnaie endossée par les États-Unis.

85 billions de dollars américains somme total de l’argent en circulation dans le monde.

Bonus :

L’explorateur vénitien Marco Polo, dans son livre sur la Chine, commence un chapitre avec ces mots : «  de quelle manière le Grand Khan utilise l’écorce des arbres, façonnée en un matériau semblable à du papier, pour servir d’argent dans tout son empire ». Marco Polo s’émerveillait des billets de banque qu’il avait vus, et décrivit leur fonctionnement- fondé sur la volonté du Grand Khan lui-même. Vous n’aviez pas à décidez si vous acceptiez ou non ces billets : le Grand Khan l’exigeait.

De nos jours, ce type de monnaie qui existe par la seule volonté de ceux qui exercent l’autorité, se nomme « monnaie fiduciaire », du latin fiducia (confiance).

Source et pour aller plus loin : Et si Marx avait raison? de David Boyle

 

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