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Roseta, les gens mouraient de vieillesse, et de rien d’autre.

Publié par Abdel and Co

Janvier 1882, un groupe de onze Rosetanis dix hommes et un garçon quittèrent Roseto Valfortore un commune se situant en Italie au sud-est de Rome suite a une crise économique. Pour les États-Unis est s’installèrent prés de Bangor, en Pennsylvanie. Pour travailler dans une carrière d’ardoise, pendant des siècles, les habitants de Roseta ont travaillé dans les carrières de marbre dans leurs pays d’origine l’Italie.

L’année suivante, quinze Rosetanis quittèrent l’Italie pour l’Amérique, plusieurs rejoignirent leurs compatriotes à la carrière d’ardoise de Bangor. Groupe après groupe, d’autres Rosetanis firent leurs bagages pour le Nouveau Monde et plus particulièrement la Pennsylvanie.

Les rosetanis achetèrent d’abord des terres sur un versant rocheux relié à Bangor par un vieux chemin de fer. Ils construisirent des maisons, ils bâtirent une église sur l’artère principale. Au début, leur petite ville s’appelait New Italy. Qu’ils rebaptisèrent Roseto, légitimement, puisqu’ils venaient presque tous du même village italien.

1896, un jeune prêtre dynamique, le père Pasquale de Nisco, encouragea les résidents à défricher le sol pour y faire pousser des fruits et des légumes dans les grandes cours arrière de leurs maisons. On construisit des écoles, un parc, un couvent, des boulangeries, des restaurants, des manufactures jaillirent de terre, et un cimetière. La ville prit vie.

À Bangor, toute proche on rencontrait surtout des Gallois et des Anglais, la ville suivante comptait une majorité d’Allemands. Ainsi étant donné les relations tendues entre las Anglais, les Allemands et les Italiens à cette époque. Si vous vous étiez baladé dans les rues de Roseto, Pennsylvanie, au début de XXe siècle, vous n’auriez entendu parler que l’italien, mais plus particulièrement le dialecte de Roseta d’Italie. Le Roseto de Pennsylvanie formait son propre microcosme. Iles étaient ignorées par la société qui l’entourait, jusqu’à l’intervention du médecin Stewart Wolf.

Stewart Wolf, passait ses étés dans une ferme en Pennsylvanie, non loin de Roseto, vers la fin des années 1950, la société médicale locale l’avait invité à donner une conférence. Après la conférence, l’un des médecins, l’invite à pendre un verre. Il lui dit,

-tu sais, ça fait dix-sept ans que j’exerce. Mes patients viennent de partout, mais je ne rencontre pratiquement jamais de Rosetani de moins de 65 ans qui ait des problèmes de cœurs.

Wolf était déconcerté. Nous sommes dans les années 1950. Les crises cardiaques atteignaient des proportions épidémiques aux États-Unis. Elles constituaient la principale cause de décès chez les hommes de moins de 65 ans. Il était impossible, disait la sagesse populaire, d’être médecin et ne jamais ausculter de cœur malade.

Wolf a décidé de mener l’enquête.  Avec le soutien de quelques étudiants et collègues de l’université d’Oklahoma. Ils ont rassemblé les certificats de décès des résidents de la ville de Roseta, remontant le plus loin possible dans le temps. Ils ont analysé les dossiers médicaux. Ils ont retracé les antécédents médicaux des patients et dressé leurs arbres généalogiques.

En 1961, Wolf décide de procéder à une étude préliminaire. Le maire, les aidèrent du mieux qu’il pouvait en les laissant utiliser la salle municipale et une cabine où ils pouvaient effectuer des prélèvements sanguins ou des électrocardiogrammes. Pendant l’été, ils invitaient la population entière de Roseta à passer des tests dans l’école du village.

Les résultats ont été sidérants. À Roseta, aucune personne de moins de 55 ans n’était morte de crise cardiaque ou ne présentait de symptômes de maladie cardiaque. Chez les hommes de plus de 65 ans, le taux de mortalité par crise cardiaque ne représentait que la moitié de celui de l’ensemble des États-Unis. À Roseta, le taux de mortalité, toutes causes confondues, était de 30% à 35% inférieur au résultat attendu.

Wolf a demandé de l’aide à un ami sociologue de l’Oklahoma John Bruhn. Après avoir embauché des étudiants en médecine et des diplômés en sociologie. Voilà ce que dit Bruhn,

Nous sommes allés, en porte-à-porte, parler avec tous les Rosetanis de plus de 21 ans. Il n’y avait ni suicide, ni alcoolisme ni toxicomanie, et très peu de criminalité. Personne n’avait recours à l’aide sociale. Nous nous sommes ensuite intéressés aux ulcères de l’estomac. Il n’y avait aucun non plus. Ces gens mouraient de vieillesse, et de rien d’autre. Roseto était une ville Hors Norme.

Wolf a d’abord pensé que les Rosetanis avaient dû conserver des habitudes alimentaires issues du Vieux Continent, qui les avaient maintenus en meilleure santé que les autres Américains. Mais que nenni.

Lorsque Wolf a demandé à des diététiciens d’analyser les habitudes alimentaires typiques des Rosetanis, ils ont découvert que 41% de leurs calories provenaient de matières grasses, ce qui est énorme. Et ce n’est pas une ville où les gens se levaient à l’aurore pour faire du yoga ou courir dix kilomètres. Ils fumaient beaucoup, et un certain nombre bataillaient contre l’obésité.

Si ni le régime et l’exercice n’expliquaient ces résultats, peut-être la génétique? Wolf s’est demandé si tout cela n’était génétique d’une souche robuste qui les aurait protégés des maladies. Il a donc cherché des Rosetanis d’Italie qui avaient émigré dans d’autres régions des États-Unis, pour savoir si eux aussi jouissaient d’une santé aussi remarquable que leurs cousins de Pennsylvanie. Ce n’était pas le cas.

Wolf s’est intéressé à la situation géographique de la Roseta. Était-ce le fait d’habiter au pied des montagnes ?  Une autre fausse piste, Wolf comparât Roseta à deux autres villes les proches Bangor et Nazareth. Toutes deux de taille similaire à celle de Roseta, peuplée du même genre d’immigrants européens très travailleurs. Il passait en revue leurs dossiers médicaux. Chez les hommes de plus de 65 ans, le taux de mortalité cardio-vasculaire était triple de celui de Roseta.

Wolf et Burhn, en déambulant dans les rues de la ville, ont enfin compris que le secret ne ce trouvait pas ni dans un régime, ni exercice, ni les gènes, ni l’emplacement.

Mais en Roseta en tant que tel.

Ils ont vu les Rostanis se rendre visite mutuellement, s’arrêtant dans la rue pour un brin de causette, cuisinant pour les uns les autres dans leur jardin. Que trois générations vivaient sous le même toit.

Dans une ville de moins de deux mille habitants, ils ont dénombré vingt-deux organismes communautaires. Ils ont découvert l’esprit égalitaire qui animait cette communauté, qui dissuadait les plus riches d’étaler leurs succès et aidait les plus démunis à dissimuler leurs échecs. Les déambulant dans les rues ou assis sur leur porche à discuter. « C’était magique.»

Vous pouvez imaginer le scepticisme auquel Burhn et Wolf se sont heurtés lorsqu’ils ont présenté leurs découvertes à la communauté médicale. Ils évoquaient les bienfaits mystérieux et magiques d’une discussion en pleine rue ou d’une cohabitation de trois générations.


Bonus :

 

Source : Tous winners! de Malcolm Gladwell

 

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