économie Sciences & Co

Quand nous comparons notre sort à celui d’autrui, nous générons envie et jalousie.

Publié par Abdel and Co

Un des dix commandements ordonne : « Tu ne convoiteras point la maison de ton prochain, ni son champ, ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni sont âne, ni rien de ce qui appartient à ton prochain. »

Dans le Coran, Sourate 4 Verset 32, 54: « Ne convoitez pas ce en quoi ALLAH a donné aux uns d’entre vous en excellence sur les autres… ». « Vont- ils être jaloux des gens de ce qu’ALLAH leur a donné de par sa grâce ?.. ».


De toutes les recommandations divines voilà peut être la plus dur à suivre, dans la mesure où il est dans notre nature d’opérer des comparaisons.


« La vie moderne exacerbe cette faiblesse. C’est ainsi que, il y a quelques années, j’ai eu l’occasion de m’entretenir avec un cadre d’une grande société de placement. Il m’expliqua qu’un de ses employés était récemment venu se plaindre auprès de lui, au sujet de son salaire.

– Depuis quand travaillez-vous pour nous ? demanda-t-il au jeune homme.
– Trois ans. Je suis entré ici dès ma sortie de l’université.
– A cette époque –là, combien espériez-vous gagner, au bout de trois ans ?
– Dans les cent mille.
Le cadre le regarda, interloqué, puis reprit :
– Et aujourd’hui, vous vous faites dans les trois cent mille, je ne vois pas de quoi vous vous plaignez.
– C’est que, insista l’employé, des collègues à moi se font trois cent dix mille dollars. Et je ne vaux pas moins qu’eux.


Aux Etats-Unis, depuis 1993, les sociétés ont l’obligation de publier le détail des paies et des avantages de leurs cadres supérieurs. Le but de cette publication était de dissuader les conseils d’administration d’octroyer à ces derniers des salaires et des bénéfices délirants, le tout afin de stopper la surenchère des rémunérations des cadres qu’aucune régulation, aucune législation ni aucune pression de la part des actionnaires n’avait su arrêter. (Et, de ce fait, il était grand temps que cela s’arrêter : en 1976, un directeur général gagnait 36 fois plus qu’un ouvrier. En 1993, 131 fois plus).

Mais vous savez quoi ? Une fois que ces salaires ont été rendus publics, les médias se sont mis à publier des classements de directeurs généraux. Au lieu de supprimer les avantages, cette publicité a incité les directeurs à comparer leurs paies à celles des autres. Du coup, les salaires ont explosé. Tendance favorisée par l’action des sociétés de consulting qui conseillent à leurs clients d’exiger des augmentations faramineuses. Conséquence : aujourd’hui, un directeur général gagne 369 fois plus qu’un ouvrier – le rapport a été multiplié par trois depuis que les salaires des cadres sont devenus publics.

Sachant cela, j’avais une question à poser au cadre avec lequel je m’entretenais.

– Que se passerait-il, lui demandai-je, si votre base de données concernant les salaires était diffusée à toute l’entreprise ?

J’ai cru que mon interlocuteur allait s’étouffer.

– Un délit d’initiés, des scandales financiers, ce genre de choses, on arriverait à les surmonter. Par contre, si tout le monde connaissait le salaire de tout le monde, là, ce serait l’apocalypse. Il n’y a guère que les plus gros salaires qui ne s’estimeraient pas sous-payés. Et je ne serais pas surpris si tous les autres allaient voir ailleurs.

[…] cette démence salariale n’est pas restée sans effet sur le reste de la société. Sauf qu’au lieu d’engendrer la honte, chaque étape de l’escalade encourage de nouveaux cadres à réclamer d’avantage. Comme l’annonce un titre du New York Times : « dans l’univers du Net, aujourd’hui, les riches envient les super-riches »… »

Source : C’est (vraiment ?) moi qui décide de Dan Ariely

A propos de l'auteur

Abdel and Co

Laisser un commentaire