Religion

TERMINOLOGIE CORANIQUE : TAQWĀ

Publié par Abdel and Co

Piété, crainte de Dieu…ou précaution?

Le terme de « taqwā » est unanimement traduit par les traducteurs et par les exégètes par « crainte de Dieu » ou par « piété ». Par exemple, l’expression coranique (49:13)

إِنَّ أَكرَمَكُم عِندَ اللَّهِ أَتقاكُم

«’inna ’akrama-kum ‘inda llāhi ’atqā-kum» (Coran 49: 13) est traduite comme suit :

« Le plus noble d’entre vous, aux yeux d’Allah, est le plus pieux » (Régis Blachère).

Ou

« Oui, le plus noble d’entre des vôtres, auprès de Dieu, c’est le plus pieux des vôtres » (Muhammad Hamidullah).

Par le musulman Muhammad Hamidullah, comme par le non musulman Régis Blachère, le terme taqwā est, en fait, rendu avec une perspective spirituelle voire spiritualisante. Cela peut satisfaire les lecteurs musulmans. Pourtant, notre analyse du mot « taqwā » dans son contexte premier, c’est-à-dire le sens qu’il avait avant le Coran et au moment de l’énonciation de celui-ci, nous conduit à reconsidérer cette perspective bien ancrée dans le discours et les esprits.

TAQWĀ ET SOCIETE PREMIÈRE

En effet, la notion de « taqwā », d’un point de vue historique et anthropologique, est une notion de socialité tribale qui renvoie au fait de prendre ses précautions « waqāya » pour éviter un dommage, un malheur, les conséquences néfastes d’un acte… La conduite de « l’ittiqā’ » est l’évaluation d’une situation, dans le but d’adopter une conduite qui soit bénéfique pour soi-même et pour les siens, c’est-à-dire, dans le contexte de l’époque, pour le groupe de parenté qui est indissolublement lié à celui qui en a la charge.
Il nous faut donc raisonner en ces termes plutôt qu’en termes individuels. Car le discours du Coran ne traite pas avec les individus en tant que tels. Il s’adresse, à la manière tribale, à ce que l’on peut appeler des « individus collectifs » (chefs de groupes, chefs de parenté).

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TAQWĀ CORANIQUE

Ainsi, la « taqwā » coranique, qui est taqwā vis-à-vis de Dieu, doit se comprendre ou s’entendre dans la même ligne que la « taqwā » tribale, ce qui permet de saisir au plus près la manière dont les premiers auditeurs du Coran ont reçu le message. Evidemment, cette prise en compte de la signification première du mot nous pose cette question fondamentale : Que signifie prendre ses précautions vis à vis de Dieu ?

Etant donnée la puissance créatrice de Dieu telle qu’elle est exposée dans le Coran ; étant donné, aussi, le pouvoir eschatologique de châtiment (jugement dernier) qui est celui de Dieu, prendre ses précaution vis-à-vis du Créateur et Maître de tout ne peut que signifier d’abord avoir suffisamment de bon sens pour ne pas s’opposer à Lui ! Car comme ne cesse de le proclamer le Coran, qui s’oppose s’expose non seulement au châtiment du chef de parenté, mais aussi à la disparition et à la dispersion des siens !

Ainsi, dans le contexte des querelles médinoises dont parle la sourate 49, il convient plutôt de comprendre le fragment du verset:

« Le meilleur d’entre vous est le plus sage/le plus attentif aux conséquences/ le plus raisonnable » (au sens de celui qui analyse le mieux les conséquences de ses actes pour lui-même et les siens ; ce qui est proche de l’idée de prudence) (49-13)

Avec cette approche, la « taqwā » coranique historique s’inscrit dans une perspective strictement pragmatique comme règle de vie permettant la survie de l’homme et de son groupe au sens le plus concret du terme.

La perspective spirituelle (ou spiritualisante) habituelle de la « taqwā », quant à elle, ne prend pas assez en compte le champ imaginaire de l’époque et celui d’une société largement tributaire d’une économie de survie.

Elle ne rend pas le fait de « prendre ses précautions » ou encore « prendre des garanties » pour ne pas tomber dans le malheur ou le péril. Ainsi, « les précautionneux » , « al-muttaqūn » , autrement dit « ceux qui ont fait le bon choix » entre plusieurs conduites possibles, sont-ils au paradis selon Coran 52-17 :

إِنَّ المُتَّقينَ في جَنّاتٍ وَنَعيمٍ

« ’inna l-muttaqīna fī jannātin wa-na‘īmin »

Ou encore l’expression ittaqū-nī, اتَّقُونِ que nous traduisons de la manière suivante : «Soyez précautionneux envers Moi» (2, 197) ; plutôt que par « C’est Moi que vous devez craindre » .

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