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Quelles sont les motivations qui nous poussent à voter à gauche ou à droite?

Publié par Abdel and Co

Quelles sont les motivations qui nous poussent à voter à gauche ou à droite? A l’occasion de la future élection présidentielle de 2017 en France…  Je partage avec vous un extrait d’un billet de Podcastscience une page de vulgarisation scientifique.

les politologues Donald Green, Bradley Palmquist, et Eric Schickler ont montré que la plupart des gens ne choisissent pas un parti politique parce que celui-ci reflète leur opinion, mais parce qu’ils s’identifient d’abord avec une position politique (en général héritée de leurs parents, de leurs groupes de pairs ou de leur éducation). Une fois qu’ils ont choisi cet engagement politique à travers le parti approprié, les sympathisants en adoptent le discours et les vues.

En fait, de nombreuses recherches démontrent désormais que la plupart de nos décisions morales émanent de sentiments moraux automatiques plutôt que de calculs rationnels. Face aux questions morales, on ne réfléchit pas de manière rationnelle en pesant le pour et le contre de chaque argument et en examinant les preuves qui le sous-tendent, par exemple. Non, on décide de manière intuitive et on rationalise après. C’est-à-dire: on décide d’abord et on construit ensuite un discours pour justifier sa décision, à ses propres yeux et aux yeux des autres. C’est un processus plus émotionnel que rationnel. Exactement comme pour la plupart des croyances que nous avons.

Pour mieux comprendre ces stéréotypes et le processus d’adhésion à un camp plutôt qu’à l’autre, il faut s’appuyer sur ce que Jonathan Haidt appelle la théorie de l’intuition morale. Cette théorie explique par exemple pourquoi nous éprouvons tous une aversion naturelle à certains comportements, comme l’inceste par exemple. Même si nous sommes incapables d’articuler la moindre explication rationnelle pour justifier cette aversion dans certains cas. Par exemple, écoutez bien le scénario suivant et essayez de décider si les actions des personnages sont moralement acceptables ou pas:

Charles et Julie sont de jeunes adultes frère et soeur. Pendant leurs vacances d’été, ils se retrouvent un soir seuls dans une maison de vacances près d’une plage. Ils décident que ce serait intéressant et amusant d’essayer de faire l’amour. En tout cas, ce serait une nouvelle expérience pour chacun d’eux. Julie prend la pilule mais Charles utilise quand même un préservatif, juste pour être sûr. Ils aiment beaucoup l’expérience, tous les deux, mais décident ne pas recommencer. Ils décident aussi de garder secrète cette expérience, ce qui les rend plus proches encore l’un de l’autre. Qu’en pensez-vous? Etait-ce OK qu’ils fassent l’amour?

Pratiquement toutes les personnes qui lisent cette vignette, construite de toutes pièces par Jonathan Haidt pour tester les intuitions morales, considèrent que c’est moralement faux. Et quand on leur demande pourquoi, elles donnent des réponses telles que “Julie pourrait tomber enceinte”, ce qui est bien sûr impossible avec la pilule et le préservatif, ou encore “ça va nuire à leur relation” (mais on voit que ce n’est pas le cas) ou “ça pourrait se savoir” (alors que la vignette indique bien qu’ils ne révèlent pas l’information). Finalement, les participants cessent de raisonner et avouent simplement “Je ne sais pas. Je ne peux l’expliquer. Je sais juste que c’est faux.” Cet exemple et de nombreuses recherches qui conduisent à des résultats similaires ont amené Haidt à conclure que l’évolution nous a dotés d’émotions morales pour nous permettre de survivre et de nous reproduire. Chez nos ancêtres du paléolithique, l’inceste conduisait à des mutations génétiques aux conséquentes très graves. A l’époque, évidemment, personne ne se doutait du mécanisme génétique sous-jacent mais le tabou de l’inceste a “évolué” et empêché nos ancêtres d’avoir des relations sexuelles avec leurs proches, en favorisant la survie des descendants de ceux qui allaient chercher leur tendre moitié hors de la famille. Haidt, en se basant sur de nombreuses approches (anthropologie sociale, psychologie sociale, psychologie évolutive, philosophie) propose que les fondements de notre sens du juste et du faux s’appuient sur 5 systèmes psychologiques innés et universels. Et on va revenir à notre problématique gauche/droite car ces tendances politiques s’inscrivent clairement dans ces systèmes psychologiques:

  1. Protection face au mal. (Traduction un peu minable de “Harm/care”, mais je n’ai pas mieux à proposer, sorry). Soit notre capacité de mammifères sociaux à “ressentir” la douleur de l’autre. Nous avons développé un sens de l’empathie et de la sympathie avec notre capacité de nous mettre à la place de l’autre et d’imaginer sa souffrance et son réconfort. Ce premier système est à la base de vertus morales telles que la générosité, la gentillesse et le soutien affecti
  2. Justice et réciprocité. Système basé sur le processus évolutif d’altruisme réciproque (je te gratte le dos si tu me grattes le dos), cela a finalement donné des sentiments authentiques d’échanges justes ou faux, ou plutôt justes ou injustes; la fondation même des idéaux politiques de justice, des droits et de l’autonomie individuelle.
  3. Loyauté de groupe. Système basé sur notre longue histoire d’espèce tribale capable de former des coalitions sans cesse remises en question. Nous avons développé une propension à créer des amitiés au sein du groupe et des inimitiés à l’égard des membres d’autres groupes. Ce système crée un effet “bande de frères” au sein d’un groupe et sous-tend les notions de patriotisme et de sacrifice au nom du groupe.
  4. Autorité/respect. Cela est dû à notre longue histoire de primates et d’interactions sociales hiérarchisées. Nous avons développé une tendance naturelle à respecter l’autorité et faire preuve de déférence à l’égard des leaders et des experts. Nous suivons les règles édictées par ceux qui se trouvent au-dessus de nous dans la hiérarchie sociale. Ce système moral est à l’origine de la capacité de diriger ou de suivre, ainsi que de l’estime pour les autorités légitimes et le respect des traditions.
  5. Pureté/sacré.Les contours de ce fondement moral-ci sont dessinés par la psychologie du dégoût et de la contamination. Nos émotions ont évolué d’une manière qui nous attire vers le propre et nous éloigne du sale. C’est ce qu’on trouve derrière les religions qui poussent vers des idéaux moins charnels et plus élevés. C’est le fondement aussi de l’idée que le corps est sacré et sans cesse menacé par des activités immorales et autres contaminations (que l’on retrouve dans l’engouement pour le bio par exemple.)

Année après année, à l’Université de Virginie, Jonathan Haidt et son collègue Jesse Graham, ont étudié les opinions morales de plus de 118’000 personnes dans une douzaine de pays de toutes les régions du monde et ils ont trouvé cette différence systématique entre les libéraux et conservateurs et par extension, dans d’autres cultures, entre les sympathisants de gauche et de droite:

À gauche, on a de meilleurs scores qu’à droite sur les systèmes 1 et 2 (protection face au mal et justice/réciprocité), mais, à gauche toujours, on est moins bon qu’à droite sur les valeurs 3, 4 et 5 (loyauté de groupe, autorité/respect, pureté/sacré). A droite, on est à-peu-près au même niveau sur chacun des 5 systèmes mais moins bons qu’à gauche sur 1 et 2 et meilleurs qu’à gauche sur 3, 4 et 5. Vous pouvez vous tester vous-mêmes sur le site http://www.yourmorals.org(Page “Explore Your Morals”, 1er lien du 2e tableau: “Moral Foundations Questionnaire”)

En d’autres termes, la gauche ou les progressistes questionnent l’autorité, célèbrent la diversité et mettent leurs croyances et leurs traditions à s’occuper des faibles et des opprimés. Ils cherchent le changement et la justice quitte à risquer le chaos politique et économique.

Par contraste, la droite ou les conservateurs mettent l’accent sur les institutions et les traditions, la foi et la famille, la nation et la religion. Ils veulent de l’ordre pour le plus grand nombre, quitte à ce que les plus faibles passent à travers les mailles du filet.

Bien sûr, il y a des exceptions à de telles généralités mais l’idée à retenir, c’est qu’au lieu de voir la gauche et la droite en termes de juste et de faux ou vice-versa – suivant de quel côté on se situe – il s’agit de reconnaître que libéraux et conservateurs mettent l’accent sur des valeurs morales différentes, mais tout aussi valides et indispensables les unes que les autres.

Quelques ressources sur la psychologie morale:

 

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