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Diversité dans le cinéma français: ça tourne

Publié par Abdel and Co

Le cinéma français est loin d’être à l’image de la diversité de la société française. Sur les 320 films sortis en 2016, la moitié sont des comédies grand public qui caricaturent encore et toujours les femmes, les jeunes ou la banlieue. Pourtant les choses changent et la relève est là.

Affluence record en 2016 dans les cinémas français, avec 213 millions d’entrées, la fréquentation des salles obscures atteint la deuxième meilleure place depuis 50 ans. Pourtant ce n’est pas le cinéma français qui a attiré le public. Comme chaque année ou presque depuis 15 ans, c’e sont les blockbusters américains qui plaisent aux Français.

Néanmoins, 18 film français sur plus de 300 ont dépassé le million de spectateurs en 2016: Les Tuches, le Rêve américain, Camping ou Radin en tête. Ce sont les fameuses comédies à la française qui représentent 50% des sorties de films et aspirent presque tout le budget de l’industrie cinématographique.

Le cinéma c’est surtout de la comédie pour hommes blancs…

Liam Engle, est lecteur de scénarios depuis 2008. Il travaille pour les grandes chaines de télévision, c’est à dire pour les entreprises qui financent en majeure partie le cinéma français. Il y a un peu plus d’un an, il a sorti une étude, sorte de portrait robot du scénario du film français et voilà à quoi ça ressemble:

…Et les jeunes s’en désintéressent

Cette semaine Cinéma pour tous, qui promeut le cinéma auprès de tous les adolescents d’Ile de France, célèbre ses 10 ans. 23 000 jeunes ont ainsi assisté cette année à des projections-débats dans leurs établissements scolaires, avec des ateliers pour leur apprendre à regarder un film. Pourtant, chez la plupart d’entre eux, c’est encore et toujours le cinéma américain qui plait le plus. Pourquoi? Parce que le cinéma français ne sait pas parler des jeunes et encore moins des jeunes de banlieue !

Emeric Gallego, 21 ans, vient de Neuilly Sur Marne. Il visionne 30 films par mois, mais boude le cinéma français.

Le paradoxe, c’est que de plus en plus de films traitent de la banlieue. C’est même un blanc-seing pour obtenir des subventions publiques, comme le sont les sujets sur l’homosexualité, les drames sociaux ou la question de la crise migratoire. Pour les jeunes réalisateurs c’est souvent un cas de conscience : faut il rentrer dans les critère définis par la profession ou les critiques au risque de caricaturer encore un peu plus le cinéma français ?

Jérémie Laurent 30 ans, est auteur réalisateur. Dans un court métrage, « Jacques a soif », il a voulu défendre la ruralité. Son film a été boudé par les festivals.

En attendant, les films sur la banlieue se multiplient autour du même triptyque: violence, drogue, sexe. Bien sûr le récent Divine de Houda Benyamina séduit les premiers concernés mais il peine à les surprendre.

Alex, 21 ans voudrait que le cinéma français sorte enfin de la banlieue!

Pourtant ça tourne, quelque chose est en train de changer

Pas assez jeune, pas assez féminin, pas assez mixte le cinéma français ? Le vrai visage de la société française se bat pour arriver jusqu’aux écrans. Comédiens, réalisateurs et même producteurs issus de la diversité poussent petit à petit les portes du petit monde endogame du septième art.

Laurence Lascary est une jeune productrice guadeloupéenne. En 2008, à l’âge de 28 ans elle, a décidé, sans contacts et presque sans expérience, de créer sa propre maison de production avec cet objectif: faire en sorte que le cinéma représente enfin la société française dans sa diversité.

« De l’autre côté du périph », le nom de sa société est donc situé à Saint Denis, à la Cité du cinéma, et vient de produire l’Ascension, ce film qui raconte l’histoire vraie d’un jeune d’une cité de la Courneuve parti gravir l’Everest par amour. Le film vient de dépasser le million d’entrées.

Et l’espoir vient justement des quartiers

Reste que la clef pour être visible sur les 5700 écrans français c’est la promotion. Or, dans ce domaine, la plupart des cinéastes ne peuvent pas concurrencer les gros distributeurs. D’où la multiplication des films dits « sauvages » ou « sans papiers » : c’est à dire des films qui se font sans aides publiques, sans producteurs, sans financeurs. Sorte de système D du cinéma français qui tente de réveiller un peu le système par la magie du bouche à oreille.

C’est le cas de « Ils l’ont fait« . Un film de banlieue sur la banlieue par la banlieue mais un film universel . Il y a deux ans, deux auteurs-réalisateurs du Val Fourré, à Mantes la Jolie dans les Yvelines, ont décidé de tourner un film avec les habitants de leur quartier. Un film qui raconte avec humour l’histoire d’un habitant du quartier qui se présente aux municipales pour détrôner le potentat local et faire cessez la corruption et la violence. Depuis, « Ils l’ont fait  » a fait le tour de France avec des projections-débats dans des dizaines de banlieues et zones rurales.

Un « braquage cinématographique » dont se félicite Said Bahij, réalisateur, auteur, et acteur du film :

Le film a tellement plu qu’il vient d’obtenir son visa d’exploitation et est projeté au cinéma parisien « la Clef ». Loin des regards de la télévision focalisée ce soir sur la cérémonie des césars.

Par Cécile de Kervasdoué.

Source: France Culture

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