Politique Sciences & Co Sciences expérimentales Sciences humaines

Le pouvoir du contexte partie 1 : La théorie du carreau cassé

Publié par Abdel and Co

Dans son livre « Le point de bascule », Malcolm Gladwell veut nous montrer comment New York, capitale du crime, est soudainement devenu une ville sécuritaire en un temps record est qu’il faut changeant ce qu’il appel le contexte pas des choses toutes simples. La théorie du carreau cassé. Commençons pas poser le décor.

En 1992, on comptait à New York 2 154 meurtres et 626 182 crimes graves, avec une forte concentration dans des endroits comme Brownswille et d’East New York. Puis, étrangement, le taux de criminalité bascula. Cinq ans plus tard, il n’y avait plus que 770 meurtres, soit une baisse de 64,3%, et 355 893 crimes graves, soit presque la moitié de ceux répertoriés en 1992¹.
La police New York dira que ce phénomène est dû à une amélioration radicale de ses stratégies de lutter contre le crime. Les criminologues l’expliqueront par le déclin de la ventre de crack et le vieillissement de la population. Les économistes déclareront que l’amélioration graduelle de la situation économique de la ville pendant les années 90 a permis aux criminels en puissance de se trouver de l’emploi. Ce sont là les explications classiques du cycle des problèmes sociaux.
Le déclin du commerce de la drogue, le vieillissement de la population et l’amélioration des conditions économiques sont des tendances à long terme qui touchent l’ensemble des États-Unis. Elles n’expliquent pas pourquoi le taux de criminalité a littéralement dégringolé à New York ou dans d’autres villes américaines. L’amélioration des stratégies policières entre aussi en ligne de comptes, mais il y a un écart déconcertant entre les changements opérés par les forces de l’ordre et leur impact dans des endroits comme brownswille et d’East New York. Le taux de criminalité n’a pas diminué lentement, à mesure que les conditions s’amélioraient. Il s’est littéralement effondré. Comment quelques indices économiques et sociaux peuvent-ils évoluer au point d’éliminer les deux tiers des meurtres en cinq ans?

Ces changements n’ont pas été lents et régulièrs, mais soudains. Il est intéressant d’observer la courbe de criminalité new-yorkaise entre le milieu des années 60 et la fin des années 90. Elle a un aspect d’une arche géante. À partir de 1965, elle monte brusquement et poursuit une ascension quasi ininterrompue jusqu’au des années 70, où elle atteint un sommet -650 000 crimes par année comparativement à 200 000 une décennie plus tôt. Le nombre de crimes demeure stable pendant une vingtaine d’années, avant de dégringoler à partir de 1992. Le taux de criminalité n’a pas diminué graduellement, tranquillement. Après avoir atteint un certain point, il freiner brutalement.

Samedi 22 décembre 1984, Bernhard Goetz (Getz), un homme d’une trentaine d’années à l’apparence ordinaire. Il quitta son appartement de Greenwich Village dans Manhattan à destination du centre-ville, dans le train et prit place près de quatre jeunes Noirs.
(Troy Canty, Barry Allen, James Ramseur et Darrel Cabey)
La plupart des voyageurs étaient assis à l’extrémité opposée du wagon.
Surement dans un état second, Barry lui taxe 5$ se cas fait Getz il sortit de sa poche un Smith & Wesson et fit feu sur chacun des 4 hommes. (Aucun mort, mais un fini paralysé Cabey)
Un passager actionna le frein d’urgence. Getz s’assura que personne d’autre ne fut blessé. Le chauffeur arriva sur ces entrefaites. Je vous passe les détails Getz sauta sur les rails et disparut.
Cette fusillade fit sensation à l’échelle nationale. Dans les tabloïds, on parlait de Goetz comme « vigile du métro » dans la rue, il était traité de héros. On voyait en lui l’homme qui avait réalisé le rêve secret de tous New-yorkais qui s’étaient fait intimider au attaquer dans le métro.
Une semaine après la fusillade Goetz (Getz) se rendit à la police. Il fut accusé d’agression et de tentative de meurtre, mais il fut rapidement acquitté.
Le soir du verdict, on fit la fête dans sa rue.

La théorie du carreau cassé, élaborée par les criminologues George Kelling et James Q. wilson. Selon eux, le crime est le résultat inévitable du désordre. Les gens qui passent devant une maison dont une vitre brisée mais jamais réparée finiront par conclure que personne ne s’en préoccupe ou que personne n’en est responsable. Bientôt, d’autres fenêtres seront fracassées, et le sentiment d’anomie se répandra dans tout le voisinage, indiquant que rien ne va plus. Dans un contexte urbain, des problèmes relativement mineurs, comme les graffitis, l’agitation publique, le harcèlement des mendiants, encouragent une criminalité plus grave, au même titre que des carreaux cassés. Voici ce que kelling écrit :

Les agresseurs et les voleurs, qu’ils soient occasionnels ou professionnels, croient qu’ils risquent moins d’être attrapés ou même identifiés s’ils opèrent dans des rues où les victimes potentielles sont déjà intimidées par les conditions ambiantes. Si les habitants d’un quartier n’arrivent pas à se débarrasser d’un mendiant importun raisonne le voleur, ils n’appelleront probablement pas la police pour signaler la présence d’un éventuel agresseur ou même pour l’informer d’un délit.

En gros, la criminalité est contagieuse et surenchère, elle peut commencer par une fenêtre brisée et s’étendre à un quartier. Toutefois, son point de bascule ne réside pas sur un type particulier de personne, mais plutôt dans quelque chose comme un graffiti. Ce n’est pas une personne, mais bien la caractéristique d’un milieu donné qui incite à adopter un certain comportement.


L’influence du contexte réside dans des aspects plus subtils. D’une part, on n’est pas sensible au contexte, on y est extrêmement sensible.

Remontons le temps au milieu des années 1980 à New York, David Gunn prend la tête de « New York City Transit Authority » entre 1984 / 1990. Dès son entrée en poste Gunn fait du nettoyage de graffiti une priorité.

Le graffiti symbolise le délabrement du réseau. Pour le réorganiser et rebâtir la confiance, il faut s’attaquer à ce symbole et remporter la bataille. Sinon aucune réforme managériale et physique ne réussira…

Aucun wagon ne repartait vers le centre-ville sans que ses graffiti n’aient été soit nettoyés, soit couverts de peintures. Propre ou ne repartait pas, le nettoyage des graffiti entrepris par Gunn en 1984 a duré six ans. En 1990, la commission new-yorkaise des transports a nommé William Bratton chef de la police du réseau. La deuxième étape de réhabilitation du métro allait commencer. Tout comme Gunn, Bratton était un disciple de Kelling et de la théorie du carreau cassé, et ses décisions ont aussi suscité la controverse. Ainsi, on lui a reproché de s’attaquer à des chimères lorsqu’il s’est d’abord donné comme tâche de faire payer tous les usagers du réseau. Il était convaincu qu’au même titre que les graffiti le défaut de paiement pouvait être interprété comme une subtile manifestation d’un laisser-aller qui encourageait à des crimes plus graves.
Dès qu’une ou deux personnes se mettaient, tricher, d’autres –qui n’auraient jamais désobéi à la loi dans des circonstances différentes -les imitaient, ne voyant pas pourquoi elles devraient payer. Le problème faisait boule de neige, amplifié par le fait que l’on n’était guère motivé pour le combattre. Un jeton ne coutant que 1.25$, la police ne croyait pas que cela valait la peine de s’y attarder, surtout quand d’autres crimes beaucoup plus graves avaient lieu sur les quais et dans les wagons.
Il commençait par repérer les stations où le taux de fraude était le plus élevé et y a affecté plusieurs policiers en civil.

Bratton s’est approprié un autobus de la ville et l’a transformé en poste de police itinérant, équipé adéquatement. Il a alors insisté pour que l’on vérifie les antécédents criminels de toute personne arrêtée. C’est ce qui permit de découvrir qu’un inculpé sur sept faisait l’objet d’un mandat non exécuté pour un crime antérieur, et qu’un sur vingt portait une arme. Au bout d’un certain temps, les mauvais garnements se sont assagis, ont laissé leur arme à la maison et se sont mis à payer leur ticket.
Après l’élection de Rudolph Guiliani comme maire de New York en 1994, est qui a été nommé directeur de la police municipale ? Bratton et a pu appliquer ses stratégies à l’échelle de la ville. Il a ordonné aux policiers de mettre un terme aux crimes nuisant à la qualité de vie. Par exemple, il a fait arrêter les laveurs de carreau au feu rouge, les tagueurs et tous les coupables de délits tels que le non-paiement du métro. Il ne lâche pas l’affaire !!!
Pour Bratton et Guiliani, une chose est certaine : si le taux de criminalité urbaine et souterraine a chuté aussi rapidement et de façon aussi spectaculaire, c’est que l’on a combattu les délits mineurs, apparemment insignifiants, mais qui sont en fait autant de points de bascule vers la criminalité violente.
La théorie du carreau cassé est fondée sur la prémisse selon laquelle une situation peut basculer si on modifie d’infimes éléments de l’environnement.
On aurait plutôt tendance à croire que les évènements sont façonnés par les personnes en cause.
Alors, voilà deux écoles, la première celle des psychologues.
Différentes théories soutiennent que la criminalité est une question de personnalité : le criminel est une personne qui se caractérise par son ignorance des normes sociales. Les gens souffrant de retards psychologiques ne savent pas comment établir des relations saines avec autrui. Les gens porteurs du gène de la violence ne réussissent pas à se maitriser dans des situations où les autres arrivent à garder leur calme. Les gens dépourvus de sens moral n’ont pas appris à faire la différence entre un comportement acceptable et un comportement répréhensible. Une personne issue d’une famille monoparentale pauvre et raciste ne peut pas se conformer aux normes sociales de la même manière qu’une personne élevée dans un foyer normal de la classe moyenne. En ce sens, Bernie Goetz et ses quatre agresseurs potentiels étaient prisonniers de leurs univers dysfonctionnels respectifs.
Mais d’après la théorie du carreau cassé, le crime s’explique tout autrement. Le criminel n’est pas un individu isolé, qui agit comme il le fait pour des raisons personnelles, fondamentales et intrinsèques. Au contraire, il est extrêmement sensible à son environnement, très réceptif à toutes sortes de signaux enclin à commettre des actes répréhensibles suivant sa perception du monde qui l’entoure. Autrement dit, le comportement – criminel ou autre – dépend du contexte.
Cet argument environnementaliste est toutefois différent de ceux avancés par les progressistes dans les années 1960. Pour eux, l’environnement correspondait à un ensemble de facteurs sociaux fondamentaux. Le crime était alors la conséquence de l’injustice sociale, des inégalités économiques structurelles, du chômage, du racisme, des décennies de négligence institutionnelle et sociale, et pour y mettre un terme, il fallait instaurer des mesures quasi héroïques.

En effet, on à peine à croire que ce qui a déclenché le comportement d’un criminel (Bernhard Goetz) n’as pas grand-chose à voir avec ce qui se passait dans son sont cerveau. Mais peut-être plus par le contexte lui-même.

¹ statistique sur la criminalité de New York, consulter Michael Massing, « The Bleu Revolution », dans New York Review of Books,19 novembre 1998, p. 32-34.

Le pouvoir du contexte partie 2 : Expérience de Stanford effet lucifer

pour aller plus loin : 

La fin de Crime

New York Crime Rates 1960 – 2015

Source : Le point de bascule de Malcolm Gladwell

 

A propos de l'auteur

Abdel and Co

Laisser un commentaire