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Fake News: Les médias français à la chasse aux informations trompeuses

Publié par Abdel and Co

Diffusées massivement sur les réseaux sociaux, les fausses informations sont accusées d’avoir influencé l’élection présidentielle américaine. En France, des médias multiplient les initiatives contre ce phénomène. A l’école aussi, les enfants bénéficient d’une éducation aux médias.

Tandis que la confiance dans les médias en France est au plus bas selon un récent sondage et que la consommation de l’information se fait de plus en plus sur les réseaux sociaux, les fausses informations se multiplient à l’approche de l’élection présidentielle en France.

  • Hillary Clinton était gravement malade pendant la campagne présidentielle américaine.
  • La France a réservé près de 80.000 logements sociaux aux migrants.
  • L’épisode de pollution qui a touché la France en fin d’année 2016 avait pour origine des usines à charbon allemandes.

Ces trois informations sont fausses. Pourtant, plus de 30% des Français les ont jugées « vraies » selon le baromètre annuel de Kantar-Sofres pour La Croix. Désormais, l’internaute s’y perd entre les contenus provenant de sites parodiques d’information, des sites d’extrême-droite ou encore de sites complotistes.

Pour aider les lecteurs à s’y retrouver, ou du moins à adopter les bons réflexes, plusieurs médias français disposent d’équipes de journalistes chargés de démonter les fausses informations qui circulent et qui sont très partagées sur internet. C’est le cas au sein du quotidien Libération, avec la rubrique « Désintox », et au Monde avec les « Décodeurs »

Au départ, il s’agissait de vérifier les propos tenus par les politiques. Désormais, la vérification s’est étendue à ce qu’Internet contient de plus mensonger. Sur les sites de Libération et du Monde, les lecteurs tombent désormais quotidiennement sur des articles dont le titre commence par « Non, » suivi de la fausse affirmation faisant l’objet de la vérification.

Le journal Le Monde est allé plus loin que ces articles de « fact-checking » pour proposer aux internautes un outil d’aide à la navigation : Décodex. L’outil se présente sous la forme d’un moteur de recherche dans lequel les sites sont classés en fonction de leur fiabilité avec un code couleur : vert, orange et rouge. C’est aussi une extension à installer sur son navigateur. Le Décodex répertorie plus de 600 sites d’informations. L’outil permet aussi de savoir « comment remonter à la source d’une information, vérifier une image, vérifier une vidéo », explique Adrien Sénécat, journaliste au sein du service des Décodeurs. Selon lui, les fausses informations ont pris une ampleur importante il y a deux ans :

Le point de bascule c’est l’année 2015 avec les attentats de janvier et de novembre. On a vu émerger l’importance et la place que peuvent prendre les fausses informations et les théories conspirationnistes lors de pics d’actualité de ce type-là. Ça nous a fait réfléchir, on a eu envie de développer des outils pour répondre à ce nouveau paysage. C’est comme ça qu’est née l’idée du Decodex. On s’est dit qu’on n’allait plus seulement traiter les fausses informations une par une et faire des articles classiques sur le site, mais aussi proposer des outils aux internautes pour vérifier eux-mêmes l’information.

A LIRE / A ÉCOUTER Les médias français à la chasse aux informations trompeuses. (Le Choix de la Rédaction)

Le journaliste estime que 80% des fausses informations sont facilement détectables et espère que des outils comme le Décodex, dans sa partie « aide à l’analyse », pourra éviter le partager des fausses informations. En tout cas, de la part des internautes de « bonne foi » qui sont parfois bernés. Car personne n’est à l’abri : « Il y a beaucoup de choses qui se sont complexifiées, et ce n’est pas toujours facile aujourd’hui, même pour un journaliste, de savoir quel site je suis en train de lire, qui me parle, est-ce que l’image que j’ai sous les yeux est ‘sourcée’, a été déformée ? »

Il vaut mieux se méfier et vérifier avant de partager une information, c’est le réflexe que l’on essaie de véhiculer.

Et l’approche de l’élection présidentielle n’arrange rien à la multiplication des fausses informations. Adrien Sénécat parle d’un « travail de sape » qui prend une nouvelle dimension depuis le début de l’année :

La police de la pensée ?

Après le lancement du Décodex, Le Monde a été très critiqué. Par les sites catégorisés « orange » ou « rouge », mais aussi par des confrères qui dénoncent la posture de « juge et partie » du journal. D’autres considèrent que le fait de labelliser en vert des sites jugés fiables revient à inciter les lecteurs à aligner leur pensée sur la ligne éditoriale du média en question.

La charge la plus partagée venant de Frédéric Lordon. Le chercheur, qui n’a pas souhaité répondre à nos questions, s’est fendu d‘un long billet de blog sur le site du Monde Diplomatique, intitulé : « Charlot, ministre de la vérité ». Sur les réseaux sociaux, le sujet a suscité également des critiques, notamment sur l’objectivité des faits :

Notre intention ce n’est pas de faire basculer des gens, de les faire revenir dans le ‘droit chemin’ ou que sais-je, se défend Adrien Sénécat.

On est journalistes, ce qui nous intéresse c’est que les faits vérifiés soient à disposition du plus grande nombre. Ensuite chacun en fait ce qu’il veut.

Les journalistes du Monde ont malgré tout pris en compte certaines remarques des internautes et ont apporté des modifications au Décodex. Dans sa nouvelle version, l’outil abandonne désormais la couleur verte pour les sites jugés fiables, mais garde le rouge et l’orange pour alerter les internautes sur des sites véhiculant de fausses informations.

Par ailleurs, le Monde et une quinzaine de médias français se sont associés pour lancer « CrossCheck », en partenariat avec Facebook, et Google, pour travailler ensemble sur les fausses informations, et ainsi éviter les critiques. On y retrouve notamment l’AFP, France Télévisions, Libération, Ouest-France, etc.. Le but est d’apporter une « réponse collective entre médias » sur la vérification des fausses informations et permettre aux lecteurs d’avoir « plusieurs sons des cloches ».

Les médias partenaires de l'initiative CrossCheck
Les médias partenaires de l’initiative CrossCheck

L’éducation aux médias

Les initiatives pour lutter contre les fausses informations se développent aussi chez les jeunes publics, en milieu scolaire. C’est ce qu’on appelle l’éducation aux médias. Depuis plusieurs années, des enseignants, souvent personnellement très intéressés par l’univers médiatique, organise des sorties ou des rencontres sur le thème des médias.

En 2012, François Robinet, alors professeur d’Histoire –Géographie au lycée Voltaire à Orléans, met en place Les Médiatiques, un festival « d’histoire et d’analyse des médias » explique l’enseignant désormais maitre de conférence en histoire contemporaine. Chaque année, le public lycéen, mais pas seulement, participe à des échanges et des débats avec des journalistes et des chercheurs.

Pour François Robinet, le but du festival est simple :

Sensibiliser les publics, d’abord les jeunes mais aussi les plus âgés, à ce qu’est la construction de l’information et aussi à la diversité de ce qu’est le paysage médiatique, en France et à l’international, aux pratiques professionnelles des journalistes.

Cet espace de compréhension et de déconstruction permet de donner au public une vision complexe de la fabrication médiatique. Faire émerger un sens critique « sans renforcer la défiance », précise l’enseignant. Avec le souci d’impliquer les lycéens dans l’organisation, pour « ne pas imposer une parole d’en haut, verticale ».

Raconter les médias, le traitement des médias. Dans ses faits d’armes mais aussi parfois dans ses faiblesses

« Accompagner les enseignants et les élèves face à l’infobésité »

Au-delà des initiatives locales, l’éducation nationale propose depuis de nombreuses années des modules d’éducation aux médias. C’est dans ce sens qu’a été créé en 1983 le Centre de Liaison pour l’Éducation aux Médias et à l’Information (CLEMI).

D’abord tourné vers un travail sur la presse écrite, le CLEMI a dû s’adapter aux nouveaux usages de consommation de l’information par les jeunes : la télévision, puis internet et les médias. Le CLEMI forme les enseignants qui dispenseront ensuite les cours d’éducation aux médias. La Loi de 2013 sur la refondation de l’école affirme d’ailleurs l’importance de cet enseignement.

« L’enjeu c’est de commencer tôt. Dès l’école primaire », confirme Jean-Marc Merriaux, le directeur général du CLEMI. Et d’accompagner le passage du support papier au numérique quand les écoliers grandissent. Il faut aussi intéresser tous les enseignants à cet apprentissage, et pas seulement le petit noyau d’initiés.

Pendant longtemps, l’éducation aux médias et à l’information a été portée par quelques enseignants très engagés sur ces questions

Autre public visé : les parents.

On pense que l’éducation aux médias permet de créer le continuum pédagogique entre le temps scolaire et le temps hors-scolaire

Avec toutes les initiatives locales, les évènements nationaux comme la semaine des médias et de la presse à l’école, et la loi de 2013, l’objectif est que tous les élèves puissent bénéficier d’actions en faveur de l’éducation aux médias. D’ailleurs, le thème de l’édition 2017 de la semaine des médias à l’école, qui démarre le 20 mars est : « D’où vient l’info ? »

Intervenants

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