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D’où viennent les dragons de Game of Thrones ? Le surnaturel en littérature by LE MOCK

Le mythe raconte une histoire sacrée.

On rapporte comment quelque chose a été produit, a commencé à être.
Les mythes décrivent les diverses, et parfois dramatiques irruptions du sacré (ou du surnaturel) dans le monde.
C’est cette irruption du sacré qui fonde réellement le monde, et qui le fait tel qu’il est aujourd’hui. »
[Mircea Eliade dans Aspects du mythe]

Le mythe sait donc un récit qui légitime l’ordre présent d’une société, en ont racontant l’origine naturelle dans un temps sur naturel. Exemple dans « Game of Thrones » dans les faits, la garde de nuit et le mur à quoi ils servent ? Ils ont un rôle social et politique. Tout d’abord même si ce n’était pas le cas à la base, c’est le lieu où on exile les criminels et les parias. Elle sert de rachat pour les fautes commises dans les familles nobles. Mais en plus, le mur permet de renforcer le pouvoir central par une frontière commune. Les sept royaumes qui ont une culture si différente sont unis pas ce danger extérieur qui leur est promis par le mythe. Le pouvoir du roi et la paix qui y règne sont fondés par ce mythe.
Ce mythe permet d’exclure les indésirables de purger la société et de fortifier le pouvoir du roi. Et du point de vu de la narration il est un moyen de captiver le spectateur. On raconte une histoire qui fait peur et en même temps on prépare le terrain pour la collision entre le temps surnaturel du mythe et le temps naturel…

Un livre c’est toujours un peu comme un palimpseste, comme un bouquin qui laisse entrevoir derrière lui plein de bouquins plus anciens dont il garde la trace : Game of Thrones alors, derrière ses danses de dragons, est un bouquin de fantasy qui est l’héritier de nombreuses autres façons d’aborder le surnaturel.
Comment est abordé le surnaturel dans Game of Thrones ?
De qui les livres et la série héritent-ils ?
Quelle est la différence entre un conte, un mythe, un récit fantastique ?
On vous parle de tout ça dans cet épisode du Mock.
On vous souhaite amedui beaucoup de deduit et d’envoiseüre.

QUELQUES PRÉCISIONS SUR LE MYTHE :

Mircea Eliade dans Aspects du mythe, un bouquin qui date un peu maintenant mais qui est bien stylé, interroge dans le premier chapitre les deux sens du mot mythe : le mythe comme fable, comme fiction ou le mythe conçu comme histoire vraie fondatrice. C’est la deuxième définition qui retient son attention car si pour les sociétés modernes on appelle « mythe » une histoire fausse, Eliade met en avant le fait que dans beaucoup de sociétés le mythe est UNE HISTOIRE VRAIE.
Pour cela il analyse le rôle du mythe dans le rite. En fait pour dramatiser son propos il part du caractère absurde de certains rites que l’on réduirait trop vite à de la sauvagerie si on n’étudiait les mythes qui les sous-tendent.
Le mythe, pour Eliade, est en fait toujours lié à un rite, il est le récit des origines que l’on répète à un moment précis, dans un temps sacré, le temps du rite, pour réactiver les puissances bénéfiques des origines, pour re-créer le monde.
Dans le rite, le mythe se rejoue, se revit par celui qui le profère et qui dès lors y participe. « En récitant les mythes on réintègre ce temps fabuleux [ce que Eliade appelle : « Temps de l’origine » qui est un « temps fort » car tout y est fait pour la première fois, c’est ce qui lui donne sa force] et, par conséquent, on devient en quelques sortes « contemporains » des événements évoqués, on partage la présence des Dieux ou des Héros. »

Le mythe fonde alors comme le conte une prescription, une suite d’obligations mais ces obligations s’inscrivent dans un temps rituel, un temps sacré hors du temps quotidien : le mythe régit toute activité humaine significative (alimentation, mariage…). Ce n’est pas le même mode de prescription que le conte qui est moral, qui oriente la vie entière vers un certain bien.

Le mythe se distingue en fait du conte par la façon qu’il a de prescrire un comportement : le conte dit ce qu’il faut faire dans la vie de tous les jours et promet une fin heureuse à nos bonnes actions tandis que le mythe, lui, comme le dit Eliade, est profondément lié au rite, à l’acte rituel que l’on répète en communauté.

Ce qui est intéressant avec cette conception du mythe comme fondamentalement récit des origine c’est que les mythes eschatologiques (= les mythes qui racontent la fin du monde) se trouvent être aussi, paradoxalement, des récits des origines : « Dans une formule sommaire on pourrait dire que, pour les primitifs, la Fin du Monde a déjà eu lieu, bien qu’elle doive se reproduire dans un avenir plus ou moins éloigné. » Par exemple le mythe du Déluge que l’on retrouve dans de nombreuses civilisations se présente à la fois comme un fait passé mais aussi comme un récit de fin du Monde qui détruit l’humanité pour ne laisser sur Terre qu’un nouveau couple fondateur.

À part ça le bouquin de Todorov s’appelle « Introduction à la littrature fantastique ».


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Source : Le Mock

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Abdel and Co

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