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Une illusion de précision extrême

Publié par Abdel and Co

Le problème : être victime de définitions arbitraires destinées à promouvoir une présentation intéressée d’une situation.
La solution : se demander qui a compté et comment a été défini ce qui est compté.

Nous nous livrons ici à un petit exercice de comptabilité destiné à montrer qu’il est toujours pertinent de se demander, devant des données chiffrées, qui les a produites, dans quel but et selonquelle méthode et quelle définition. Il peut fort bien arriver que les données qu’on nous présente occultent une partie de la réalité. Alors, ne considérons pas les chiffres comme sacro-saints et rappelons-nous qu’ils sont le résultat de choix et de décisions, parfois arbitraires.

Vous connaissez peut-être cette blague qui circule chez les comptables :

Une firme veut embaucher un ou une comptable. On demande au premier candidat combien font deux et deux. Il répond : quatre. On fait rentrer une deuxième candidate. Même question, même réponse. Puis le troisième candidat est amené. La question lui est posée, il se lève, ferme soigneusement les rideaux et demande à voix basse : – Combien voulez-vous que ça fasse ? Il est embauché.

L’exemple (fictif) qui suit, adapté d’un petit livre classique de Darrell Huff (D. Huff, How to lie with statistics, Norton, New York, 1954.), concerne justement des procédés comptables.


Considérez les données financières suivantes concernant deux compagnies :
Compagnie A
Salaire moyen des employés : 22000$
Salaire moyen et profits des propriétaires : 260000$

Compagnie B
Salaire moyen des employés : 28065$
Salaire moyen et profits des propriétaires : 50000$

Pour laquelle de ces deux compagnies préféreriez-vous travailler ? De laquelle voudriez-vous être le propriétaire ?

En fait, votre réponse importe peu, puisqu’il s’agit dans les deux cas de la même compagnie. Comment cela est –il possible ? C’est en fait fort simple.
Posons que trois personnes sont propriétaires d’une entreprise qui emploie 90 salariés. A la fin de l’année, les propriétaires ont payé aux salariés 1980000$ en salaires. Les trois propriétaires ont pris chacun un salaire de 110000$. On constate au terme de l’exercice qu’il reste 450000$ de profits, somme à partager entre les propriétaires de l’entreprise.

On peut exprimer ceci en disant que le salaire annuel moyen des employés est de 1980000$ divisé par 90, soit 22000$ ; tandis que les revenus des propriétaires s’obtiennent en additionnant, pour chacun, son salaire et part des profits qui lui revient, ce qui donne : 110000$ + (450000$/3)= 260000$.
Voici notre compagnie A. son chiffre d’affaires est excellent, qu’il pourra être avantageux de présenter en certaines circonstances si vous comptez au nombre des propriétaires.

Supposons maintenant que les propriétaires veulent plutôt faire ressortir leur profond humanisme et le sens de la justice qui les habite.

Si les chiffres précédents semblent peu souhaitables pour ce faire, on peut alors prendre 300000$ sur les profits et répartir ce montant, en tant que bonus, entre les trois propriétaires. Puis, on calculera la moyenne des salaires en incluant cette fois ceux des trois propriétaires dans le calcul. On a cette fois un salaire moyen de : 1980000$ + 330000$ + 300000$/93= 28065$. Et les profits des propriétaires sont bien de : 15000ù/3= 50000$ chacun. Voici notre compagnie B.

Cet exemple est extrêmement simplifié, sans doute. Le premier comptable venu vous confirmera que, dans la réalité, on peut faire bien mieux -ou pire- que cela !


Source : petit cours d’autodéfense intellectuelle de Normand Baillargeon

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